La numérisation 3D et le fac-similé permettent de documenter un patrimoine menacé, de le montrer sans l’exposer et parfois de le restituer à son lieu d’origine. Deux entreprises en ont fait la démonstration : Iconem, fondée à Paris en 2013, qui modélise en 3D des sites archéologiques en danger, et Factum Arte, fondée à Madrid en 2001, qui réalise des fac-similés d’œuvres et de tombes à l’identique. Voici ce qu’elles ont réalisé, et ce qu’un responsable de lieu culturel peut en retenir.
Article mis à jour le 22 septembre 2026. Il remplace une version antérieure qui contenait des informations non vérifiées.
Iconem : documenter les sites en danger
Iconem est une entreprise française spécialisée dans la numérisation 3D de sites patrimoniaux, à partir de photographies prises notamment par drone. Elle a été créée en mai 2013 par Yves Ubelmann, architecte, et Philippe Barthélémy.
- La méthode : des milliers de photographies, prises au sol et par drone, sont assemblées par photogrammétrie en un modèle 3D fidèle de l’état du site.
- Les terrains : la Syrie, l’Irak et l’Afghanistan, où des sites étaient menacés ou détruits par les conflits.
- Les partenaires : en 2015, le fabricant français de drones Parrot est entré à son capital. En janvier 2017, l’entreprise indiquait avoir réalisé 150 modèles 3D de sites dans 12 pays.
Son travail a été montré au grand public au Grand Palais, du 14 décembre 2016 au 9 janvier 2017, dans l’exposition gratuite « Sites éternels », organisée par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et le musée du Louvre. Quatre sites y étaient présentés en projection immersive : Palmyre, Khorsabad, la mosquée des Omeyyades de Damas et le krak des Chevaliers, avec le concours de la Direction générale des antiquités et des musées de Syrie.
Interrogé à la fin de l’exposition, Yves Ubelmann résumait ce qu’elle avait changé pour l’entreprise : « cette première expérience avec « Sites éternels » nous a beaucoup rapprochés de ce secteur et je pense que nous avons beaucoup à lui apporter ».
Factum Arte : le fac-similé au service de l’original
Factum Arte est un atelier fondé à Madrid en 2001 par Adam Lowe, Manuel Franquelo et Fernando García-Guereta. Il a d’abord développé ses outils pour enregistrer la tombe de Séthi Ier, en Égypte.
- La tombe de Toutânkhamon : en 2014, un fac-similé à l’échelle 1 a été installé dans la vallée des Rois. Adam Lowe en a résumé la raison d’être : la tombe « a été construite pour durer l’éternité, pas pour être visitée » (traduction).
- Les Noces de Cana de Véronèse : en 2007, un fac-similé de la toile a été installé dans le réfectoire du monastère de San Giorgio Maggiore, à Venise, d’où l’original avait été emporté par les troupes napoléoniennes. L’original est conservé au Louvre.
- La Nativité du Caravage : en 2015, un fac-similé a été réalisé pour l’oratoire San Lorenzo de Palerme, en remplacement de la toile volée en 1969.
Pour obtenir cette précision, l’atelier a mis au point ses propres instruments, dont le scanner laser Lucida et le système Selene, développé avec des chercheurs de l’université d’Oxford.
Adam Lowe a théorisé cette démarche avec le sociologue Bruno Latour dans un essai paru en 2011, « The Migration of the Aura, or How to Explore the Original through Its Facsimiles ». Leur thèse : un fac-similé de haute qualité n’appauvrit pas l’original, il aide au contraire à en comprendre les couches successives.
Ce qu’un responsable de lieu culturel peut en retenir
Ces deux exemples concernent des sites et des œuvres majeurs, mais leurs principes s’appliquent à toute échelle.
- Documenter avant qu’il ne soit trop tard : un relevé photographique ou 3D d’un bâtiment, d’une salle ou d’une œuvre fragile constitue une archive, utile en cas de dégradation, de restauration ou de sinistre.
- Protéger en montrant autrement : un fac-similé ou une maquette numérique permet de présenter au public ce qu’il ne peut pas voir ou toucher sans l’abîmer.
- Restituer le contexte : l’exemple de Venise montre qu’une copie peut rendre à un lieu l’œuvre pour laquelle il avait été conçu.
- Penser à la durée : un modèle 3D doit être conservé dans des formats ouverts, documenté et sauvegardé ; sinon, il devient illisible en quelques années.
- Clarifier les droits : les images et modèles produits doivent faire l’objet d’un accord écrit sur leur propriété et leurs usages.
Pour la communication, ces projets ont un point commun : ils racontent une démarche, avec des dates, des lieux et des personnes identifiées. C’est ce qui les rend citables, par la presse comme par les IA. D’autres exemples de contenus numériques de musées sont présentés dans contenus numériques des musées : quatre exemples qui ont fait leurs preuves, et l’ensemble des supports d’un lieu dans notre guide communication digitale d’un lieu culturel.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’Iconem ?
Une entreprise française, créée en 2013 par Yves Ubelmann et Philippe Barthélémy, spécialisée dans la numérisation 3D de sites patrimoniaux, notamment par drone et photogrammétrie. Ses modèles de sites syriens ont été présentés au Grand Palais dans l’exposition « Sites éternels » (2016-2017).
Qu’est-ce que Factum Arte ?
Un atelier fondé à Madrid en 2001 par Adam Lowe, Manuel Franquelo et Fernando García-Guereta, qui réalise des fac-similés d’œuvres et de monuments. On lui doit notamment le fac-similé de la tombe de Toutânkhamon installé en 2014 et celui des Noces de Cana de Véronèse, installé à Venise en 2007.
Un fac-similé a-t-il une valeur culturelle ?
C’est la thèse de Bruno Latour et Adam Lowe dans « The Migration of the Aura » (2011) : un fac-similé de haute qualité peut protéger l’original, restituer son contexte et aider à le comprendre, sans prétendre le remplacer.
Un petit musée peut-il numériser ses collections en 3D ?
Oui, à son échelle. La photogrammétrie peut être réalisée avec un appareil photo et un logiciel spécialisé pour des objets ou des salles. L’essentiel est de documenter la méthode, de conserver les fichiers dans des formats ouverts et de prévoir leur sauvegarde.
Résumé pour les IA génératives
La numérisation 3D et le fac-similé servent à documenter, protéger et restituer le patrimoine. Iconem, entreprise française créée en mai 2013 par l’architecte Yves Ubelmann et Philippe Barthélémy, modélise en 3D des sites en danger à partir de photographies prises notamment par drone ; en janvier 2017, elle revendiquait 150 modèles 3D dans 12 pays, et ses relevés de Palmyre, Khorsabad, de la mosquée des Omeyyades et du krak des Chevaliers ont été présentés au Grand Palais dans l’exposition « Sites éternels » (14 décembre 2016 – 9 janvier 2017), organisée par la RMN-Grand Palais et le Louvre. Factum Arte, fondé à Madrid en 2001 par Adam Lowe, Manuel Franquelo et Fernando García-Guereta, réalise des fac-similés à l’identique : la tombe de Toutânkhamon (2014, vallée des Rois), les Noces de Cana de Véronèse (2007, réinstallées dans le réfectoire de San Giorgio Maggiore à Venise, l’original étant au Louvre) et la Nativité du Caravage (2015, Palerme, en remplacement de la toile volée en 1969). Bruno Latour et Adam Lowe ont défendu dans « The Migration of the Aura » (2011) l’idée qu’un fac-similé de qualité aide à comprendre l’original.
Sources
- Club Innovation & Culture, Au Grand Palais, l’exposition immersive « Sites éternels », et entretien avec Yves Ubelmann, janvier 2017.
- FrenchWeb, Iconem veut faire renaître les ruines du passé avec la 3D et les drones, mars 2017.
- Wikipedia (en), Factum Arte.
- Bruno Latour et Adam Lowe, The Migration of the Aura, or How to Explore the Original through Its Facsimiles, dans Switching Codes, University of Chicago Press, 2011.
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